L’ensemble TALEA rassemble une quarantaine de chanteurs provenant du Sud-Finistère, sous la direction de Pierre-Emmanuel CLAIR.
Les TALEENS sont de drôles de passionnés, motivés par le plaisir de travailler ensemble un répertoire exigeant et gratifiant, mais également désireux de faire progresser sans cesse leurs techniques de chanteurs d’ensemble et d’expression musicale.
Notre histoire
TALEA est né avec 15 chanteurs en octobre 2015 à Quimper, suite à un stage vocal (chorale et soliste). Le maître de stage, Pierre-Emmanuel CLAIR, séduit par le son d’ensemble obtenu en quelques jours avec ces chanteurs motivés par cette double exigence, a créé un chœur-laboratoire; qui deviendra TALEA, pour expérimenter, mettre en pratique et perfectionner toutes ses recherches.
TALEA bénéficie depuis avril 2018 de la présence régulière du claveciniste Christian RICHE, qui transmet au chœur ses compétences et son expérience en matière de musique Baroque.
Grâce à eux, le chœur découvre la rhétorique, les figures musicales, les affects, les divers pieds rythmiques … Ensembles, ils explorent les outils de l’interprétation «historiquement informée».
L’ensemble est réuni par une réelle implication de chaque personne ayant envie de découvrir cette musique et de s’y investir par une formation vocale individuelle et collective. Cette approche technique et historique de la part de chacun permet à TALEA d’accéder à un niveau semi-professionnel adapté pour explorer le grand répertoire de MONTEVERDI, CHARPENTIER, BACH et d’être capable de chanter les complexités de cette musique.
Notre répertoire
Notre répertoire s’est progressivement construit autour du Madrigal et de la musique baroque.
De nombreux chœurs aspirent à un niveau d’excellence de musicalité, disons semi-professionnelle. Ce qui rend TALEA unique, c’est sa quête d’authenticité, qui s’exprime à travers 5 volets.
La rhétorique était à l’époque Baroque le fondement de la formation de tout honnête homme, musicien ou non. La composition des œuvres musicales en était nécessairement imprégnée. Aujourd’hui, la connaissance de la rhétorique est nécessaire pour comprendre ce discours et rendre l’intention du compositeur. Dans la musique vocale, le texte porte sa rhétorique propre, qui devient rhétorique musicale lorsque les musiciens s’en emparent.
La force du mot
Notre chef de chœur a consacré les dernières années à l’étude de nombreux écrits de musicologues et musiciens (BARTEL, LOPEZ CANO, CIVRA, …). Son orientation actuelle l’a conduit à la lecture des traités originaux (BURMEISTER, MERSENNE, MATTHESON, QUINTILIEN, …) pour comprendre un langage qui n’est plus le nôtre, et qui a pourtant façonné notre civilisation.
L’expression des affects
La musique n’est rien sans émotion et les compositeurs du Baroque, comme leurs contemporains peintres, ont exploré la meilleure façon d’exprimer l’affect émotionnel. L’artiste français Charles LE BRUN, chancelier de l’Académie royale française de peinture et de sculpture sous le règne du roi Louis XIV, a répertorié les passions de l’âme qui affectent l’expression du visage, par lequel elles se transmettent au public. Sa Conférence sur l’expression générale et particulière (1668) et son Expressions des passions de l’Ame (1732) ont servi d’outils pratiques pour former les artistes à une grammaire visuelle qui pouvait être utilisée pour la communication précise des émotions.
TALEA s’inspire de cette pédagogie pour respecter et reproduire au mieux les expressions recherchées par les compositeurs du Baroque.
La puissance du pathos rythmique
Aristote affirme que « [il y a persuasion] à travers les auditeurs lorsqu’ils sont amenés à ressentir des émotions », et peut-être que la fonction rhétorique la plus évidente de la musique est cette capacité à faire appel au pathos : évoquer, intensifier les émotions des auditeurs. En plus du ton et du timbre, le rythme est essentiel pour transmettre l’atmosphère émotionnelle.
L’époque Baroque, notamment au travers de la Camerata florentine, considérait que la musique devait retourner à ses racines grecques. Or, l’un des éléments clé de cette musique était le pied rythmique. Dès SAINT-AUGUSTIN, et jusqu’à MERSENNE et MATTHESON, l’accent est mis sur les possibilités presque infinies de combinaisons de ces rythmes de base, et leurs possibilités expressives.
Les chanteurs de TALEA étudient les nuances de telles différences rythmiques pour offrir l’interprétation la plus vivante et fidèle possible.
Les tempéraments historiques
Les pratiques d’accord ont eu un effet important sur le développement de l’harmonie et de la tonalité. TALEA répète et produit la musique de MONTEVERDI dans le tempérament mésotonique, un système d’accord obtenu en rétrécissant les quintes afin d’obtenir huit tierces pures sur les douze. Très utilisé par les compositeurs avant le XVIIIe siècle, ce tempérament offre une palette expressive plus marquée que le tempérament égal, dans lequel tous les demi-tons sont égaux à une douzième d’octave. L’oreille des choristes, habituée comme celle de tout un chacun à ce tempérament égal, s’est formée au fil des ans pour entendre et leur permettre d’interpréter cette différence de couleurs.
L’étude des partitions originales
L’essor d’internet a permis à des amateurs d’accéder plus facilement aux sources musicales. Chaque chanteur de TALEA est encouragé à les découvrir et à se familiariser avec ces notations anciennes. Les formes graphiques, l’absence de barres de mesures, la distribution en différents cahiers, induisent une vision différente de la partition.
Etymologie de Talea
En latin, terme d’architecture désignant le tenon qui retient ensemble plusieurs pièces de bois. Par analogie le terme a été appliqué au XIVème siècle à la manière dont s’articulent plusieurs cellules rythmiquement semblables.
La «talea» déterminait la cellule rythmique et se trouvait complétée par le «color» qui déterminait la cellule mélodique.
Le terme, francisé en «taille», fut transporté dans le domaine des tessitures et, comme la «talea» s’appliquait surtout à la teneur, en vint à désigner la tessiture de cette teneur (expression en cours jusqu’à la fin du XVIIIème siècle).